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Châtaignes 2026 : une saison contrastée pour les producteurs français

Au pays de la châtaigne, l’automne 2026 n’a pas le goût de fête habituel. Dans les Cévennes gardoises, où le ramassage des variétés précoces se poursuit jusqu’à la fin octobre, les castanéiculteurs font les comptes : entre les canicules à répétition de l’été et la sécheresse, la production a chuté de moitié. Un coup dur pour un fruit emblématique du terroir, au moment même où les fêtes de la châtaigne battent leur plein dans tout le sud de la France.

Dans le Gard, des fruits trop petits pour être valorisés #

Le reportage de France 3 Occitanie publié mi-octobre donne la mesure du problème. À Sainte-Cécile-d’Andorge, Eric Brunet ramasse des châtaignes nettement plus petites que d’habitude : « C’est pas gros, je ne sais pas ce que je vais en faire », confie le castanéiculteur. « En temps normal, le calibre exigé est de 2 cm et ça, c’est trop petit. Cela ne sera pas valorisé, on a plus de 50 % de perte sur la récolte. »

Les bonnes années, ce producteur récolte plus de quatre tonnes sur ses deux hectares de terrain non irrigués et certifiés bio. Cette année, les canicules de l’été ont tout simplement bloqué la croissance des fruits. Et son cas n’a rien d’isolé : l’ensemble des 70 producteurs de la Châtaigne AOP des Cévennes accusent des pertes considérables.

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La transformation trinque aussi

En aval, la filière transformation fait grise mine. Dans une conserverie de Branoux-les-Taillades, les dernières « Figarettes » — l’une des nombreuses variétés locales — passent au crible d’un tri par calibre plus impitoyable que jamais : les petits fruits, non valorisables en frais, partent vers des débouchés moins rémunérateurs comme la farine ou la crème de châtaigne, quand ils ne restent pas au sol.

Le compost comme réponse au changement climatique #

Face à des étés qui se répètent en versions toujours plus sèches, les producteurs cévenols ne restent pas les bras croisés. L’association Châtaigne AOP des Cévennes, dont la grande majorité des adhérents travaille en bio, mène des essais d’amendement des sols au compost pour aider les arbres à mieux encaisser le stress hydrique. « On a tous le même problème, cette année. On espère que cela va améliorer la survie du châtaignier dans les années futures », explique Nadia Vidal, la présidente de l’association, citée par France 3.

L’enjeu dépasse la seule récolte 2026 : le châtaignier, « l’arbre à pain » qui a nourri les Cévennes pendant des siècles, est un arbre de climat tempéré et humide. Chaque été caniculaire fragilise des vergers souvent centenaires, qu’on ne remplace pas en une génération.

Des fêtes de terroir qui continuent malgré tout #

Paradoxe de cette saison difficile : jamais la châtaigne n’a été autant célébrée. De la Haute-Provence à l’Ardèche en passant par le Pays basque, les fêtes castanéicoles d’octobre et de novembre maintiennent leur programme — marchés de producteurs, rôties géantes, démonstrations de tri et d’épluchage. Pour les producteurs, ces rendez-vous sont plus précieux que jamais : la vente directe au consommateur valorise mieux une récolte réduite que les circuits longs, où le calibre fait la loi.

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C’est aussi l’occasion de rappeler au public quelques fondamentaux. La châtaigne qui se mange — celle des vergers — ne doit pas être confondue avec le marron d’Inde des parcs urbains, toxique ; en cuisine comme sur les étals, le « marron » désigne d’ailleurs simplement une grosse châtaigne dont le fruit n’est pas cloisonné, comme le rappelle Top Santé en s’appuyant sur les mises en garde de l’Anses.

En cuisine : tirer le meilleur d’une récolte au petit calibre #

Pour le consommateur, une année de petits calibres n’est pas une mauvaise nouvelle gustative : les petites châtaignes sont souvent plus sucrées et se prêtent très bien aux préparations où le calibre importe peu. Soupe de châtaignes au lait — le « bajanat » cévenol —, farine pour les pains et les crêpes, crème de châtaigne maison, ou simplement fruits rôtis à la poêle trouée : autant de façons de soutenir les producteurs locaux en achetant ce que la nature a donné cette année, plutôt que de chercher le gros calibre importé.

Un conseil de saison pour les acheteurs en marché de producteurs : privilégier les fruits lourds, brillants et sans trou de ver, et les consommer vite — la châtaigne fraîche est un fruit vivant, qui se garde à peine deux semaines dans le bac à légumes. Les producteurs cévenols, eux, espèrent que leurs essais de compost porteront leurs fruits, au sens propre, dès les prochaines récoltes.

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